Voici le courrier que nous avons envoyé aux candidats aux élections législatives dont les circonscriptions rassemblent un ou plusieurs sites de l’Université d’Aix-Marseille :

Julie EL MOKRANI TOMASSONE

Présidente de l’UNEF Aix – Marseille

06 32 09 97 22

unefaixmarseille@gmail.com

Courrier à destination des candidats

aux élections législatives

Le mercredi 6 juin 2012,

Marseille,

Objet : Interpellation de l’UNEF, le syndicat étudiant.

Madame, Monsieur,

Je saisis l’occasion du débat national, et local qui s’organise autour des élections législatives et de l’élection du nouveau président de la République pour vous faire part des attentes des étudiants.

Les étudiants sont aujourd’hui 2,3 millions en France et plus de 100 000 sur l’académie d’Aix – Marseille. Issus de tous les milieux sociaux qui composent la société française. Ils ont en commun la volonté de se saisir de tous les outils à leur disposition pour s’émanciper, choisir leur propre vie et participer au bon fonctionnement de la société, en témoigne leur forte participation au scrutin présidentiel.

Mais sur cette route, les obstacles sont nombreux et les inégalités de plus en plus insupportables. Et alors que le nouveau Président de la République a fait de la jeunesse une de ses priorités, nous demandons maintenant à ce que vous, potentiel représentant de la République à l’Assemblée Nationale, preniez des engagements quant aux problématiques de  la jeunesse.

Les inégalités auxquelles doivent faire face les jeunes sont nombreuses. Inégalités sociales d’abord lorsque de nombreux jeunes ne peuvent accéder aux bancs de l’université.         Inégalités ensuite lorsque 100 000 étudiants vivent sous le seuil de pauvreté et quant plus des deux tiers des étudiants exercent une activité salariée pour financer leurs années d’études.     En somme, inégalité par rapport au reste de la société puisque les jeunes ne bénéficient d’aucun statut social garanti leur permettant d’être protégés.

Les jeunes, et les étudiants d’Aix – Marseille, sont également confrontés à d’autres difficultés.

Difficulté d’accès au logement, d’abord. En effet, même si les efforts en terme de construction et de rénovation de logement CROUS sont notables sur notre académie, il est évident que les 9100 chambres en cités et résidences universitaires (parc public) ne sont pas suffisantes pour accueillir les étudiants d’Aix – Marseille. La plupart d’entre eux sont donc contraints de se loger dans du parc locatif privé à des prix souvent exorbitants. Le budget des étudiants étant assez modique, il leur reste alors peu de ressources pour pallier à toutes les autres dépenses ( nourriture, santé, transports, culture…). Il est donc urgent d’apporter une réponse sur cette question centrale qu’est le logement étudiant. Des possibilités existent, comme le gel des loyers ou encore l’exonération de la taxe d’habitation pour les étudiants à court terme. Une accélération des constructions de logements étudiant pour rattraper le retard pris sur le plan Anciaux, ainsi que l’encadrement des loyers à plus long terme.

Difficulté d’accès à la santé, ensuite. La question de la santé étudiante a été au cœur du débat politique au premier semestre avec la taxe sur les mutuelles (TSCA) qui a été mise en place par le gouvernement. Même si une rallonge budgétaire pour sauver le régime étudiant de sécurité sociale a été effectuée, la situation sanitaire des étudiants n’est pas réglée pour autant. Sur Aix-Marseille le travail à accomplir pour permettre à tous les étudiants d’accéder de manière égale à une offre de soin est encore colossal. 1 sur 5 n’a pas les moyens de payer une mutuelle et beaucoup renoncent à des soins qu’ils soient généraux ou plus spécifiques (dentaires, gynécologiques, optiques…). Pourtant des solutions existent, sur le campus universitaire de Luminy par exemple, où il y a un Centre de Médecine Universitaire qui accueille les étudiants et leur propose gratuitement les services d’un médecin généraliste, d’un infirmier et de spécialistes. C’est le seul centre de soin de ce type qui existe sur notre académie pour les étudiants. La généralisation de ce dispositif permettrait donc à tous les étudiants d’accéder de manière égale à des soins. J’attire également votre attention sur la nécessité pour les étudiants d’Aix-Marseille de bénéficier d’un chèque santé annuel (déjà mis en place sur d’autres académies comme Paris, Créteil, Versailles, Toulouse…) qui leur permettrait de contracter une mutuelle et ainsi de faire face aux dépenses de santé les plus coûteuses.

Difficulté pour réussir à l’université, enfin. Certains essaieront de nous faire croire qu’un peu de bonne volonté suffit pour réussir ses études. Pourtant lorsque l’on se penche sur les conditions de vie et d’études des jeunes on comprend aisément que la réussite n’est pas qu’une affaire de volonté ! Les étudiants d’Aix-Marseille n’échappent pas à la règle des 50% d’échec en première année de licence. Un chiffre qui ne surprend plus personne quand on sait qu’en première année dans certaines filières ( psychologie, droit…) les étudiants sont plus de 800 dans les amphis, parfois contraints de suivre les cours assis sur les escaliers, quand on sait que les TD ressemblent davantage à des séances d’auto-formation parce que le professeur n’est pas en capacité d’assurer un suivi spécifique avec 50 étudiants dans une même classe, quand on sait que la pédagogie n’est pas le maître mot pendant nos cours car trop peu de professeurs bénéficient d’une formation à l’enseignement, quand on sait que ceux qui décrochent sont laissés sur le bord de la route. La raison ? Les moyens, qui sont bien insuffisants. La situation depuis la fusion des 3 universités d’Aix-Marseille ne tend pas à s‘améliorer. C’est une fusion qui a été organisée à la hâte sans consultation de la communauté universitaire, et le risque qu’elle va entraîner pour nos conditions d’études est conséquent. La logique de fusionner répond toujours aux mêmes besoins, être plus visible à l’international, être plus performant. Ainsi, les filières « dites » plus rentables seraient plus financées que les autres laissant des milliers d’étudiants de côté dans le seul but de gagner la course au classement de Shanghai. Nous voyons se dessiner les contours d’une université à deux vitesses, une qui permettrait à certains de réussir dans de bonnes conditions, d’avoir un diplôme et de s’insérer sur le marché du travail et une autre qui fermerait les yeux sur un échec programmé.

Cette situation insupportable et inacceptable ne peut plus durer. Si les jeunes se sont massivement déplacés dans les urnes aux élections présidentielles, si les jeunes se déplaceront de nouveau pour les législatives, ils ne donneront pas un chèque en blanc aux représentants politiques et ce n’est pas sans méfiance qu’ils glisseront leur bulletin dans l’urne, ils souhaitent aujourd’hui des engagements de votre part.

C’est pourquoi il est indispensable dans un premier temps, de prendre une série de mesures d’urgence dans les semaines qui viennent afin d’apporter des solutions aux problématiques étudiantes et relancer la démocratisation. L’UNEF exige ainsi, comme formulé dans l’appel des élus étudiants joint :

-       La création de 5000 postes dans l’enseignement supérieur pour garantir la réussite de tous

-       La revalorisation de 65% des bourses étudiantes dès la rentrée 2013

-       L’arrêt des procédures IDEX et des fusions d’universités en cours

-       L’augmentation immédiate de la dotation globale de fonctionnement des universités

Ainsi qu’un engagement de votre part sur  l’académie d’Aix-Marseille afin de répondre à une urgence locale.

François Hollande a annoncé l’organisation d’un collectif budgétaire à la suite des élections législatives afin de modifier les orientations  budgétaires prises par son prédécesseur.

L’UNEF demande que les mesures d’urgence citées ci-dessus soient prises en compte dans ce collectif budgétaire et à ce que vous, peut-être bientôt élu député, preniez des engagements quant au fait que vous porterez l’ensemble de ces mesures lors du collectif budgétaire.

S’ajoute à cela la situation complexe des étudiants étrangers, qui durant cinq années ont été la cible d’une politique du chiffres, une politique de discrimination, en témoigne la circulaire du 31 Mai.

Nous vous demandons des engagements, quant à l’amélioration des conditions de vie et d’études des étudiants étrangers afin d’avancer vers l’égalité. Cela doit passer par la suppression des taxes sur le renouvellement des titres de séjour ; mais aussi passer par la nécessaire mise en place d’un titre de séjour pluriannuel des la licence.

Aujourd’hui,  la République doit s’engager aux côtés de la jeunesse et lui faire confiance. Elle doit enfin reconnaitre que les jeunes sont une richesse pour l’avenir et qu’en leur donnant les moyens de se réaliser par l’école et le travail, c’est toute la société qui en sortira gagnante.

Nous vous demandons de prendre des engagements par écrit quant à ces mesures en répondant à l’interpellation de l’UNEF.

Nous sollicitons un rendez-vous, afin que nous puissions avoir un échange sur l’ensemble des sujets qui préoccupent les jeunes.

D’ici là je vous prie de croire, Madame, Monsieur, en l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Julie EL MOKRANI TOMASSONE

Présidente de l’UNEF Aix-Marseille