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Le bilan de la mise en œuvre des prêts étudiants effectué mercredi 21 octobre par Valérie Pécresse, ministre de l’enseignement supérieur, révèle l’ampleur de l’échec de cette mesure. Alors que la ministre avait fixé lors de leur lancement à la rentrée 2008 un objectif de 20 000 prêts conclus à la fin 2008, et 40 000 à la fin 2009, le dispositif des « prêts Pécresse » a permis d’octroyer à peine 6.600 crédits à ce jour, soit 0,3% d’étudiants concernés.


Un échec qui n’est pas une surprise

Cet échec ne saurait s’expliquer uniquement par un manque d’information des étudiants, ni par le contexte de crise bancaire qui rendrait les banques plus frileuses.

Les étudiants refusent d’ajouter les difficultés liées au remboursement d’un emprunt à celles rencontrées lors de l’entrée dans la vie active. Ils refusent l’endettement comme solution de financement des études, et préfèrent travailler en parallèle de leurs études, souvent au détriment de leur réussite, plutôt que de se couvrir de dettes avant même d’avoir commencé à travailler.

- Mais cet échec s’explique également par le contenu même du dispositif des « prêts Pécresse ». Ces prêts sont un cadeau pour les banques, et représentent une régression pour les étudiants. L’Etat se porte en effet garant à hauteur de 70% du risque pris par les banques qui prêtent aux étudiants, mais ce sont bien les banques et organismes de crédits qui fixent l’ensemble des règles du jeu : taux d’intérêt, délais de remboursement, conditions d’accès au crédit, etc. Les « prêts Pécresse » sont donc bien moins intéressants pour les étudiants que les prêts d’honneur à taux 0 que délivraient les CROUS et que la Ministre à supprimé pour pouvoir financer sont nouveau dispositif bancaire.

Au final, les « prêts Pécresse » ont facilité l’emprunt pour ceux des étudiants qui avaient déjà recours à cette solution de financement, mais pas pour les autres : alors que ces prêts avaient vocation à « aider les étudiants inscrits dans les filières culturelles ou sanitaires et sociales […] » car « les prêts bancaires étaient jusque là accordés en priorité aux élèves des grandes écoles », seulement 3,4% d’étudiants des filières littéraires y ont eu recours, contre 42,8% des étudiants en écoles !

L’UNEF dénonce une réponse idéologique et inadaptée aux difficultés financières des étudiants

Les 53 millions d’euros affectés à ces prêts bancaires auraient été mieux utilisés en renforçant par exemple le Fonds National d’Aide d’Urgence afin d’aider les étudiants, notamment des classe moyennes, qui rencontrent des difficultés financières du fait de la crise.

Les prêts étudiants sont un mode de financement des études profondément inégalitaire, car tous les jeunes ne sont pas égaux face au risque que représente l’endettement. Le financement des études relève d’un investissement collectif de la société pour son avenir, et non de la seule responsabilité individuelle. Alors que la précarité et les difficultés financières représentent la première cause d’abandon ou de renoncement aux études, et que la crise va accroitre les difficultés financières des familles et des étudiants, le droit à l’endettement que propose la ministre ne peut constituer une réponse sérieuse à ces difficultés. L’Etat doit concentrer ses moyens sur la mise en œuvre d’une politique sociale juste et renforcée pour aider les jeunes à financer leurs études, et non s’éparpiller en aidant les banques à distribuer des prêts.

L’UNEF demande donc à Valérie Pécresse de cesser de s’acharner à mettre en place, pour des raisons purement idéologiques, des prêts bancaires qui sont un dispositif de financement qui ne marche pas et dont les étudiants ne veulent pas.